dimanche 3 novembre 2013

Du sport en famille...


Ce dimanche, après une beaucoup trop courte nuit, je prends ma voiture pour me rendre à Marche-en -Famenne afin de courir les 20 km des Ardennes.
Durant ce long trajet sous la pluie, je me pose mille questions, je remets en cause le bien-fondé de cette course. En effet, j'ai commencé à courir il y a tout juste 2 mois. N'est-ce pas du suicide que d'aller parcourir cette distance aussi rapidement? La tempête et la pluie annoncée ne m'encouragent pas.
Perdue dans mes pensée, ma playlist joue November Rain... Nothing lasts forever, even cold November Rain... J'avoue que j'ai un peu peur que cette froide pluie de novembre ne me décourage totalement!
Alors je mets ma radio préférée, et là, mystère du hasard... Sophie Hunger chante de sa douce voix Le vent nous portera. Je n'écoute plus les paroles, je me remets à penser, Peut-être que le vent me portera... peut-être que je peux y arriver quelles que soient les conditions climatiques, l'espoir revient petit à petit...

Arrivée sur place, je retire mon dossard et retrouve mes parents, l'ambiance est sportive et bon enfant. A l'intérieur du palais des expositions, nous regardons les autres coureurs, cherchons des têtes connues, pour finalement croiser Stéphane et Zgoudi des amis avec qui Big Jim a l'habitude de courir.
Zgoudi a déjà couru un marathon et elle me dit que c'est dingue que je m'inscrive à un 20 km aussi vite après avoir commencé le jogging. Cela ne me rassure pas. Je souris et essaie de penser à autre chose.
Quoi qu'il en soit, je me sais capable de courir 10 km, peut-être 12 voir 15... le reste je le ferai en marchant. Mon objectif étant surtout de mesurer ce que représente une telle distance, pour ne pas être prise au dépourvu le 3 mars, quand je ferai le semi marathon de Paris, mon vrai objectif à ce jour.

Tout le monde se dirige vers le départ, je suis aux côtés de papa, qui me donne ses dernières recommandations. On détermine que je devrais prendre environ entre 2h20 et 2h30 pour boucler la course. On règle nos montres... Go C'est parti. On se souhaite bonne chance et on se quitte après un regard bienveillant.
La pluie a cessé, je suis extrêmement reconnaissante à Monsieur Météo de me laisser démarrer au sec!

Les 3 premiers km passent sans que je m'en aperçoive. Je me fait dépasser par beaucoup de monde. Je croise un enfant handicapé sur une chaise adaptée, poussée par 4 coureurs, j'ai les larmes aux yeux. Un trop plein d'émotion à évacuer.
Papa m'avait annoncé un parcours plat et sans difficultés, pourtant ça monte, très fort même, longtemps aussi.
Je vois les kilomètres défiler, les côtes n'en finissent pas. Mon regard s'accroche au tee shirt devant moi, je suis étonnamment bien. Je prends même du plaisir à être là et à courir. En fait, je ne me rends pas vraiment compte que je cours. Je profite, des paysages ardennais, des gens autours de moi, de la musique dans mes oreilles. J'ai gravi une côte à côté d'un père avec une poussette, l'enfant paraissait se plaire dans une telle course. J'ai croisé des bénévoles qui nous ravitaillent avec le sourire malgré le vent, des inconnus qui nous encouragent juste par sympathie.

Passé le 10ème km à 1h04, je décide que le plus difficile est derrière moi, maintenant, cela devrait descendre. Je commence à calculer: si je fais le reste en marchant à du 6km/h, j'arrive trop tard... mais si je continue à 7min au km (qui est bien en deçà de ma vitesse actuelle) je dépasse mon objectif... je referai ce calcul à chaque nouveau km parcouru. Quoi qu'il en soit, je me dis que je continue à courir tant que j'y prends du plaisir, dès que ça ne sera plus le cas, je marche... Et je lâche prise...

Du 11ème au 14ème, ce n'est qu'une longue descente, ça roule... j'en profite même pour rassurer maman et Math en leur envoyant un petit SMS "suis au 12ème, jusqu'ici tout va bien". Et là, je me remémore La Haine L'important c'est pas la chute... c'est l'atterrissage...
Au 15ème, il commence à pleuvoir, cette fameuse "froide pluie de novembre" qui vous mouille jusqu'aux os. Je pense à papa qui doit probablement terminer maintenant. Il aura fait toute la course au sec. 
ça recommence à monter un peu. Une phrase de Fight Club résonne dans ma tête "Et alors, il s'est passé quelque chose. Je me suis laissé allé dans un total oubli de moi-même, envahi par la nuit, le silence et la plénitude. J'avais trouvé la liberté" 
Mes genoux commencent à souffrir, mais je me sens bien. Ma montre est mon amie, je constate que je suis constante, mes calculs recommencent, je devrais pouvoir y arriver en moins de 2h20 finalement... Sauf que tout le monde m'a dit que c'est après le 15eme qu'on commence à avoir du mal... Let's continue...

Sur le bord de la route, un petit garçon me félicite, il a les mêmes chaussures que William... Mon Willou, il sera tellement content si je lui ramène une médaille! Je me demande ce qu'il fait, si Jules est à la sieste et si ils me laisseront me reposer un peu quand je rentrerai. Je me sens bien, je fais ce que j'avais décidé de faire et tout a l'air de se mettre en place pour que j'y parvienne. Et les km continuent à passer...16, 17... Mes genoux vont mieux. 18... peut-être parviendrais-je à terminer en moins de 2h15... J'augmente la cadence, la pluie aussi. 19, je vois le WEX au loin, je n'y crois pas... J'accélère encore un peu, juste avant l'arrivée, je vois maman qui m'attend! Elle me fait de grands signes, prends une photo, souri, et ses yeux s'embuent un peu.
2h06 à ma montre (2h08 au chrono officiel). Je suis fière de moi!

Je cherche papa, ne le trouve pas... Finalement, il m'attendait près de la ligne d'arrivée, mais un quart d'heure trop tard. Je sens aussi de la fierté dans son regard. Il me félicite, me dit qu'il est désolé car il pensait vraiment qu'il n'y aurait pas de dénivelé, que le parcours était beaucoup plus difficile qu'il ne l'imaginait. ça m'est égal, j'ai réussi, et je n'ai pas l'impression d'être au bout de ma vie.

Aujourd'hui, nous n'avons pas couru l'un à côté de l'autre (il a terminé en 1h45) mais nous avons couru ensemble. Nous avons partagé ce sport et le bien-être qui l'accompagne.

J'ai compris que le Jogging, ce n'est pas seulement de la technique et de l'entrainement, c'est surtout beaucoup d'émotions!





dimanche 20 octobre 2013